Mario DeVolcy
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L’HISTOIRE D’UN MUSICIEN NOMMÉ MARIO DE VOLCY Par Louis Carl Saint Jean
Dans les années 1950, le numéro 34 de la rue du Champ de Mars à Port-au-Prince logeait les Volcy, l’une des familles les plus prestigieuses de notre capitale. A leur tête se distinguait un couple harmonieux formé de M Léon Volcy, ex joueur du Hatuey Bacardi et cordonnier réputé, et de sa très charmante épouse, Adelina Volcy, née Charles. Parmi d’autres clients, footballeurs et musiciens de l’époque affluaient dans l’atelier de Volcy pour la fabrication de leurs chaussures. C’est théoriquement chez ce grand mécène que sont nés le « compas direct » et (surtout) la « cadence rampa », les deux genres de danse et de musique urbaines les plus populaires de notre pays. Quand un garçon a donc pris naissance dans cette maison durant la période précitée, les chances étaient grandes pour que celui-ci devînt ou un adepte du ballon rond ou un pratiquant de la musique. C’est cette dernière noble vocation que suivra avec une ingéniosité incontestable un joli poupon issu des œuvres bénies des Volcy le 14 novembre 1954. Ils le prénomment Mario. Parlant de prendre de très tôt son bain musical, voici un autre exemple vivant. Jugez par vous-même… Lorsque le dimanche 5 décembre 1954, le nouveau-né est porté sur les fonds baptismaux à la paroisse Saint Anne de Port-au-Prince, la partie festive à la maison est assurée par l’Orchestre Citadelle, dirigé par Nemours Jean-Baptiste. Pour fêter le premier anniversaire du même bébé, le même maestro revient dans la même maison, mais cette fois-ci avec un ensemble musical différent qu’il venait de baptiser officiellement Conjuto International. Vers 1957, défilent sous les yeux du bébé toute une pléiade de talentueux musiciens (les Wébert Sicot, Charles Dessalines, etc.) engagés dans le groupe « Maison Hantée » que vient de monter son père. Au début des années 60, lorsque l’enfant fait sa première communion, l’ensemble musical qui anime, à l’avenue Oswald Durand, les fêtes familiales n’est autre que celui de Wébert Sicot, dont la présidence est assurée par M. Léon Volcy et dont le siège social se trouve au numéro 502 de la Grand Rue, à l’étage de la cordonnerie du dernier. L’on ne peut donc que rêver d’un tel bain. Après son jardin d’enfants chez les Daumec à la rue des Casernes, Mario est placé à l’Ecole Frère Polycarpe pour ses études primaires. Mordu des arts martiaux, encouragé par certains condisciples, il s’inscrit au club de judo « La Vérité » de Wisler Jacques. C’est à cet instant que ses amis relieront son patronyme à la particule nobilaire « de », prenant celle-ci du nom du comédien français Louis de Funès que le jeune écolier et judoka imitait si bien . A partir de 1981, ce dernier adoptera « Mario de Volcy » comme son nom de scène. (Certains intimes l’appellent tout simplement « De »). Il suit les cours du secondaire chez Chrysostome Laventure (VIème), au Lycée Toussaint Louverture (Vème et IVème) et au Lycée Anténor Firmin (des Humanités jusqu’à la Rhétorique, section C). Retenu à la Martinique et à la Guadeloupe avec Les Pachas du Canapé Vert, il rate son bachot en 1973. Cet échec, on peut l’imaginer, allait provoquer la colère de son père. Mais notre « De » est de ces valeureux compatriotes qui ne fait jamais bon ménage avec le bide. Il se redresse et sort de l’Ecole de Commerce Julien Craan en 1976 avec un diplôme de sciences informatiques, avec une spécialité en machine à cartes perforées (IBM Key Punch). Quelques années plus tard, en 1988, notre musicien décrochera son diplôme universitaire de gestion du tourisme au « San Juan City College », à Porto Rico. Mario a commencé à vouer une adoration sans borne à la musique dès sa plus tendre enfance. Vers l’âge de quatre ans, il s’amusait à accaparer à n’en plus finir les pinces à marteau et les enclumes de l’atelier de son père, qu’il utilisait comme saxophone, se mettant à imiter le génial Wébert Sicot. Vers 1962-1963, il aura la chance rare de se retrouver presque quotidiennement dans la compagnie de Luc Philippe, qui se plaisait à aller le chercher à l’école. Chemin faisant, se souvient l’écolier d’alors : « Philippe ne s’arrêtait de taper sur deux baguettes qu’il câlinait constamment dans le fond de sa poche…Cela avait éveillé en moi un vif intérêt…» Un peu plus tard, reconnaît-il, « j’avais bénéficié de tous les sages conseils de certains mentors tels qu’Edvar Lafontant, Carmelo Keslin, Charles Delva, Jean Robert Jean Pierre… Dans une certaine mesure, ces musiciens avaient guidé mes premiers pas…C’est justement Lafontant qui demandait toujours à Carmelo Keslin – le joueur de timbales de l’ensemble de Sicot - de “ kite piti ya jwe non” – laisser donc jouer le petit ». C’est donc sans étonnement qu’on verra « Mario, tout enfant, au cours du carnaval de 1963, sur le char de Wébert Sicot, se faisant chaudement applaudir par une foule compacte de spectateurs…Il jouait déjà très bien de la timbale et était promis à un bel avenir… », selon ce que m’a rapporté M. Claude Duperval, un observateur très avisé de notre scène musicale, contemporain du timbalier. A la même époque, le musicien-enfant se trouvait même dans le fichier des salaires de l’ensemble de Wébert Sicot, dont les deniers avaient été fidèlement gardés par le trompettiste Wilner Guillaume. A peine adolescent, Mario entre de plain- pied dans l’univers de la musique, en devenant en 1968 le batteur attitré du groupe « Pago – Pago » du guitariste Thony Obas dans le quartier de Waney, à Carrefour (banlieue de Port-au-Prince). Depuis lors et jusqu’à aujourd’hui, notre artiste n’a jamais quitté la scène musicale. Effectivement, il s’est joint par la suite à d’autres groupements beaucoup plus étoffés. A titre d’exemple, nous pouvons citer : « Les Aventuriers » (1969), « Les Diplomates de Carrefour » (1970-1971), l’Ensemble Cadence Rampa # 2 (groupe qu’avaient monté à Port-au-Prince vers 1972 le légendaire trompettiste et trombonniste Raymond Sicot et le superbe chanteur et contrebassiste André Toussaint), « Les Pachas du Canapé Vert », (1973-1974), « Les Cougars de Pétion Ville » (1975), « Samba Créole » (1976), « Loups Noirs » (début 1976 – 18 novembre 1977) et le « Bossa Combo » (décembre 1977- 1987). Sans vouloir minimiser les succès qu’il avait savourés au sein de ses huit ensembles précédents, ce ne serait nullement une exagération de ma part d’affirmer que c’est avec son dernier que Mario allait écrire l’une des plus belles pages de sa carrière artistique. Il définit lui-même sa « décennie Bossa » comme « une véritable et interminable histoire d’amour…» D’ailleurs, le batteur y a rencontré son premier véritable professeur de musique – et non des moindres -, le grand Michel Desgrottes. Les cours de solfège, d’harmonie et de composition musicale assurés habilement par le maître avaient permis à notre artiste, déjà doué de talents naturels (il est également un habile dessinateur et caricaturiste) et d’un esprit innovateur et hardi, de s’affirmer excellemment au fil des ans comme batteur, timbalier, percussionniste, compositeur, arrangeur, parolier et interprète. Son ancien collègue, le saxophoniste Joseph Jules Pagé voit, en effet, en lui « un batteur d’une rare finesse et d’une rare originalité, un musicien ayant un sacro- saint respect de la mesure .. A ces grandes qualités, s’ajoute son esprit d’innovateur…C’est un homme qui avait largement contribué au succès du Bossa Combo, surtout auprès des jeunes » En effet, du premier au dernier album qu’il enregistre avec ce groupe, de Volcy s’est toujours hissé à la hauteur de ses dons. Dès la sortie d’« Accolade », surenchérit Pagé, « le style fringant de Mario avait rendu le groupe beaucoup plus gai, plus proche des amateurs de la danse …» Le 14 novembre 1979 – jour des 25 ans du batteur -, le Bossa Combo connaît le schisme – qui allait conduire à la formation du groupe « Accolade de New York » - alors qu’il enregistre l’album Racines dans le mythique Power Station, à New York. Il avait fallu alors tout le sérieux et le dynamisme du promoteur et producteur haïtien Frédéric « Fred » Paul de Mini Records pour sauver in extremis cet intéressant projet. De cette parution, Mario signe « Septième Commandement » avec Jean-Claude Desgrottes et participe, surtout au niveau des refrains, dans les tubes « Permanente » (de Jean-Claude Dorsainvil et Jean-Robert Damas) et « L’An 2000 » (de Jean-Claude Desgrottes). Après la scission, le batteur-compositeur rejoint l’ensemble à Port-au-Prince le 20 décembre, après quatre semaines de vacances à Montréal. Dix mois plus tard, c’est l’enregistrement, à la Jamaïque, de l’album « L’Essentiel ». Mario en inscrit la chanson tube, « Religion ». Il quitte alors momentanément ses amis pour s’installer aux Etats-Unis. Et justement en décembre 1981 alors que « La grande puissance » est en tournée à New York, il offre « A la plage » (in Bossa Combo…In the Big Apple »). Au début de l’été 1982, tout feu tout flamme, de Volcy regagne le sol natal. Vers la fin de l’année, il se lance en solo avec l’album Première Communion. Coup d’essai, coup de maître ! C’est la consécration de l’artiste. Dans chacune de ses compositions, l’auteur traite un thème sérieux, allant de la foi (Première Communion ), de l’importance du musicien (Jazz Man) à la valorisation du football, notre sport national (Analyse Logique). Le talentueux musicien n’allait pas s’arrêter en chemin. Encouragé par l’accueil princier fait à sa « Première Communion », il publie son second microsillon en 1985. Il le baptise Viva Carnaval. S’ensuivront d’autres succès avec le « Big Band Bossa Combo - BBBC » avec des titres tels que «Ribambelle» et «Gare du Nord» (in «Compas kè kal») En octobre 1987, avant de partir à l’étranger pour mener les activités qu’exige la fin de son cursus universitaire, l’artiste fait sortir son troisième album, Viva Haïti. Une fois de plus, à bien des égards, la composition du morceau du même nom avait permis de mieux déceler le côté innovateur chez Mario. En effet, si mes recherches sont correctes, c’est justement Viva Haïti qui a frayé le chemin à l’introduction des instruments de musique sophistiqués dans la musique « racine ». Après son séjour estudiantin à Porto Rico, de Volcy s’établira à New York pendant deux années. Il s’inscrit chez le professeur de musique Mercène Poinvil et y suit des cours de voix et de piano. A partir de cet instant, il se produit un peu partout à travers la mégalopole new-yorkaise comme soliste ou comme artiste invité avec d’autres groupes. Il chante ses créations et adopte désormais le « timbale », laissant la batterie un peu de côté. Sa première sortie faite avec le mythique Tabou Combo au Plattduetsche Park Restaurant (Long Isaland, NY) en été 1988 connaît un succès monstre. C’est la confirmation de Mario…Mario ! Il est surnommé « Le Roi du rara ». Au cours de l’année 1990, de Volcy apporte sa couronne musicale à Port-au-Prince. Font partie désormais de sa cour : Antonio Beauvil, Harry Balmir et, bien sûr, les héritiers du trône, ses jeunes frères Romeo Volcy (actuel percussionniste du groupe ZIN) et Roberto Volcy. Ensemble, ils montent le groupe MIRAK’ – Musique Immortelle de Rara, d’Amour et de Konpa (Grande première à Ibo Lélé le 17 novembre 1990). La réalisation deux mois plus tard du vidéo-clip « Ayiti pou Afrik di Sid- Mandela lage » est classé numéro un à l’époque. C’est l’apothéose! L’année prochaine, dans un autre registre, il annonce dans notre carnaval : «Yo bay limyè». En septembre 1991, notre artiste s’installera pour de bon aux Etats Unis. Et MIRAK sera malheureusement dissous. Cependant, le succès de son quatrième album solo Super Mario IV, sorti en 1998 ne sera pas le fruit d’un miracle. Il sera tout simplement le résultat d’une œuvre vachement accomplie. Là encore, il fait figure de pionnier, d’une part et de messager, de l’autre. En effet, dans «Marie La Folle » (composé avec le très regretté Yvon Louissaint), il introduit carrément dans le compas direct (version Nemours Jean-Baptiste) - chose nouvelle - un air frais de rabôday, de « grenn cirouelle », d’« anba tonèl » - spécialité des nos vrais troubadours. Le jeune innovateur a ainsi redéfini les contours d’un nouveau son qui allait déferler sur le compas. Dans « Watch Out » (Faites attention !), chanté par l’excellent Raymond Cajuste, il lance un message vibrant et significatif. Il appelle la jeunesse haïtienne à la discipline et la supplie, comme jadis dans « La pipe du diable », de s’éloigner de cette peste que constitue la drogue. Il convient à ce point de marquer une pause en vue de rappeler que le plus beau succès de la carrière de Mario fut celui qu’il a remporté sur la drogue, voilà de cela plus de dix-neuf ans. En effet - comme c’est souvent le cas chez nous comme ailleurs - notre artiste, alors au faite de sa gloire, avait sombré pendant au moins une année (entre 1985 et 1986) dans l’utilisation des stupéfiants. Mais, comme à son habitude, il s’était redressé rapidement et s’en était sorti « la tête altière et haut les fronts ». Ce fils prodigue est donc devenu ipso facto un modèle pour nos jeunes et un véritable « success story ». Car, cette note est de loin la plus belle qu’il ait jamais écrite dans sa carrière musicale. Elle constitue celle qui a véritablement fait de Mario de Volcy un gisemenet d’or inépuisable. Comble de bonheur, ce dernier possède plusieurs cordes à son arc. Non seulement il est un musicien de grand talent, mais il compte également parmi l’un de nos meilleurs présentateurs, chroniqueurs, animateurs et producteurs musicaux. Aussi, selon l’ancien présentateur radiophonique Jacques « Topaz » Glaure, homme bien connu dans le milieu du show- biz, « depuis le séjour de Mario aux Etats Unis, le verra-t-on ou comme batteur ou comme animateur à tous les événements se rapportant à la musique haïtienne. Que ce soit à New York, à New Jersey, à Massachussetts, en Floride ou ailleurs, ils sont légion les organisateurs à solliciter sa participation dans leurs entreprises. Et, chose louable, il fait toujours très bien tout ce qu’il fait…». En effet, comme présentateur, entre 1993 et 1997, De Volcy s’était révélé superbe sur les plateaux d’une chaîne communautaire dans l’émission « Haïti Créole ». Avec sa voix très radiophonique, il conquiert depuis environ une année les auditeurs respectifs de Radio Tropicale et de la WLIB 1190 AM (New York) dans les émissions « Serum » (chaque jeudi de 16 heures à 18 heures) et « Verite sou tanbou » (Il anime la dernière chaque deuxième samedi du mois de 14 heures à 16 heures avec son collègue et ami Stanley Barbot) La contribution musicale de Mario ne s’était pas limitée au seul « BBBC », ni aux autres groupes au sein desquels il avait adhéré bien avant, ni même à ses œvres personnelles. Car, depuis ses 37 années de vie artistique (sur cinquante et une jeunes d’existence), il n’a jamais rechigné devant la tâche. On se perdra à dénombrer les projets musicaux auxquels il a participé, à un titre ou à un autre. Des artistes comme Raoul Denis, Jr., Jacky Ambroise, Emeline Michel, Claude Marcelin, Eddy Brisseaux, Patrick Apollon, Roméo Volcy, etc. et des groupes tels que les Skah Shah (sous la direction de Cubano), Lakol, ZIN, ont tous bénéficié de sa créativité et de son originalité. La production musicale n’a pas non plus laissé insensible notre artiste. En effet, il collabore activement également avec M. Alex Villier et le chanteur Beethova Obas dans leur « Music Arts». Cette équipe compte à son actif, parmi d’autres, la sortie, en 2002 de l’album « Exodus » de Raymond Cajuste et celui « Atis pou Ayiti » (janvier 2005). En fait, il vaut également la peine de signaler que les premiers vrais bénéficiaires de la carrière artistique de Mario restent et demeurent tous et chacun de nos compatriotes. Car, je peux affirmer sans crainte d’être démenti que la gentillesse de ce frère frise un véritable conte de fée. D’un entregent naturel, il accueille « Monsieur tout le monde » toujours avec un sourire qui s’accompagne généralement d’une accolade sincère. Denrée tellement rare! Bien que lui et moi nous soyons maintes fois à couteaux tirés sur certains aspects de la musique haïtienne (surtout dans son cheminement et son interprétation socio-historique), je dois avouer que je me suis toujours incliné devant le talent musical de M. Mario de Volcy, devant sa connaissance et surtout devant son amour contagieux de la si belle musique de notre terre commune. Puisse Dieu, dans sa miséricorde insondable, lui qui avait appelé à l’existence notre fière nation, se servir de lui et de nous tous afin de pouvoir prêcher du haut de la plus haute cathédrale l’importance de la connaissance de notre histoire, le sens du civisme et du patriotisme, l’amour des valeurs morales et intellectuelles. Cette disposition salutaire aura une triple vertu. Premièrement, elle nous conduira résolument à nos valeurs ancestrales et à l’amour et la connaissance des choses de notre pays, né pas dix, pas cinquante, mais plus de deux cent années de cela. Secondement, parce qu’ayant désormais une formation musicale et historique adéquate, elle nous permettra d’apprécier toute sorte de musique de chez nous, spécialement la méringue haïtienne, qui est la musique nationale de la République d’Haïti. En dernier lieu, elle rappellera à nous tous que nous avons un patrimoine culturel biséculaire à chérir et à sauvegarder. Et je demeure convaincu que c’est le désir infini de tout un chacun. Il l’est de vous comme de moi. Il l’est aussi du musicien, de l’artiste…Excusez… du noble Mario de Volcy ! Louis Carl Saint Jean louiscarlsj@yahoo.com 20 novembre 2005
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